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Répertoire des régions acadiennes du Québec

La Mi-Carême

Événements

Îles-de-la-Madeleine - Îles de la Madeleine

Venue du Moyen Âge, la Mi-Carême traverse les époques pour survivre en de rares endroits à travers le monde. Afin de donner un peu de répit pendant le carême, ce temps de jeûne et de pénitence, une trêve est instaurée pendant cette période, d’où le nom de Mi-Carême. Aux Îles de la Madeleine, seul le village de Fatima a su préserver cette fête unique alliant déguisements, musique et joie de vivre.

Toute la maisonnée danse et fait bonne chère tout en essayant de découvrir qui se cache derrière les accoutrements plus drôles les uns que les autres. Certains les confectionnent encore eux-mêmes, souvent des mois d’avance et, surtout, en cachette! D’autres optent pour le bon vieux costume, souvent improvisé, avec de vieux vêtements. Plusieurs greniers sont bien garnis de costumes ou d’éléments de déguisement. La plupart du temps, les masques sont achetés, sauf quelques exceptions. Il y a beaucoup d’ingéniosité, de couleurs et de surprises chaque année! Plusieurs personnes se préparent longtemps pour recevoir les mi-carêmeux. Ce divertissement collectif obtient encore aujourd’hui la faveur des Madelinots.

Texte rédigé ou colligé par Isabelle Cummings et le Musée acadien du Québec
Mi-carêmeux
Mi-carêmeux
Mi-carêmeux
Mi-carêmeux

Lien acadien de la ville des Îles-de-la-Madeleine

Né à la fin du 19e siècle, mon grand-père, comme tous ses voisins, parle un français impeccable, venu tout droit de Port-Royal. Le message est direct, truffé d’humour et de mots marins. Il raconte la Déportation de 1755 et les multiples migrations qui suivent, comme son père les lui a racontées. Jusqu’à récemment, l’histoire des Acadiens par chez nous sent le tabac à pipe et s’écoute en 3D. Les manuels scolaires, eux, parlent des autres.

Les Îles-de-la-Madeleine sont d’abord une escale pour les navigateurs. Elles deviennent ensuite objet de convoitise, par la richesse des fonds de pêche et surtout, parce qu’on y trouve de grands troupeaux de morses. Ces Normands, Basques, Portugais, Britanniques et Bretons ne vivent pas ici : on hiberne tout au plus, dans des petits campements, chacun dans son île.

Il a fallu le Grand Dérangement pour que les premiers «Cadiens» s’installent dans l’archipel. En 1762, une vingtaine d’entre eux se font engager par un entrepreneur américain, le colonel Richard Gridley. Des Arseneau, Boudreau, Chiasson, Cormier, Desroches, Doucet, Gallant, Poirier…de l’Île Saint-Jean et du Cap Breton. Il régularise leur situation cinq ans plus tard, moyennant serment d’allégeance à la couronne d’Angleterre. Les premiers Madelinots, dont 17 Acadiens, vont obtenir le droit de rester, en signant d’un X.

Au début des années 1790, une génération plus tard, 250 autres Cadiens réfugiés à Miquelon prennent le large pour échapper à l’étau : d’un côté la flotte anglaise, de l’autre, la République française effroyable. L’abbé Jean-Baptiste Allain décide d’émigrer, accompagnés des Bourgeois, Cyr, Hébert, Leblanc, Thériault, Vigneau…Ils accostent au Havre Aubert, demandent au roi George III la permission de rester et se mêlent aux habitants, environ 150 personnes oubliées ici, des pêcheurs, réfugiés, naufragés, fuyards, survivants de ces années troubles, parlant français, anglais ou patois.

Le temps de le dire, tout ce beau monde est francisé par des mères acadiennes. Les pères ramassent dans leurs filets les airs lancinants des émigrés irlandais, les techniques de construction et le savoir-faire de nouveaux venus de la côte Est américaine ou des îles anglo-normandes. Et ils marient leurs filles. Les Madelinots peuvent se vanter même d’avoir assimilé quelques protestants !

Mon grand-père a cette formule quand on lui demande s’il est d’origine acadienne. Il répond : les «Cadiens» des Îles sont d’origine modeste.

En majorité, ils sont Acadiens d’origine, comme une appellation contrôlée, un mixage de bons fruits unis par le hasard des escales et d’un même mode de vie.


Texte rédigé ou colligé par Gabrielle Leblanc

Source

Jean-Charles Fortin et Paul Larocque, Histoire des Îles de la Madeleine. Institut québécois de recherche sur la culture.
Pauline Carbonneau, Découverte et peuplement des Iles de la Madeleine. Humanitas, 2009.



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