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Répertoire des régions acadiennes du Québec

Site historique de La Grave

Lieux d’intérêts

Havre-Aubert
Îles-de-la-Madeleine - Îles de la Madeleine

www.lagravesitehistorique.com/fr/

La Grave est un site patrimonial relié à l'activité traditionnelle de la pêche. Le mot grave désigne l’étendue de galets située près de la mer. C'est là où l'histoire des Îles-de-la-Madeleine commence, sur l’île du Havre Aubert.

Les premiers à avoir visité La Grave, le font pour se mettre à l’abri. Au temps de la marine à voile, les marins qui traversent le golfe du St-Laurent peuvent y havrer en cas de tempête. Ensuite, cet endroit devient un lieu de transformation et de conservation pour les produits de la pêche.

Pendant le 16e siècle, l'endroit est fréquenté par des Amérindiens, venant du continent, des Basques, Bretons et Normands, qui font sécher leurs prises sur la grave.

Vers 1760, Richard Gridley établit aux Îles un poste de pêche et de chasse aux morses. Il l’exploite jusqu’en 1765. Il engage pour ce faire un groupe d'Acadiens. Ce sont les premiers occupants permanents des Îles. Le premier noyau de peuplement sédentaire grossit rapidement avec l'arrivée d'autres réfugiés de la déportation des Acadiens.

Tout le long de la berge, on y compte des cabanes servant de lieu d’entreposage pour les équipements de pêcheurs. L’endroit est bordé de petits commerces, à travers les entrepôts et les salines. Les habitants de l’archipel s’y rendent pour faire provision : farine, viande salée, vaisselle et tissu.

Pendant près de deux siècles, le site de La Grave est utilisé pour le débarquement, la transformation, le salage et le séchage du poisson.

Les travailleurs de la mer n’occupent plus ce site, mais plusieurs bâtiments témoignent de leurs activités d’autrefois, même si la vocation est modifiée. Par exemple, une saline sert d’atelier pour un artisan, tandis que le magasin général devient un sympathique café et l’usine de poisson, un aquarium.

Aujourd’hui, La Grave désigne un groupe de bâtiments historiques et de boutiques, un lieu qui fait partie intégrante de l’univers collectif des Madelinots.

La Grave est classé site patrimonial, en 1983, par le Ministère de la Culture et des Communications.

Texte rédigé ou colligé par Musée acadien du Québec

Source
Répertoire du patrimoine culturel du Québec © Ministère de la Culture et des Communications, 2005
Site de la Grave : www.lagravesitehistorique.com/fr
Havre-Aubert et la Grave en 1958

Lien acadien de la ville des Îles-de-la-Madeleine

Né à la fin du 19e siècle, mon grand-père, comme tous ses voisins, parle un français impeccable, venu tout droit de Port-Royal. Le message est direct, truffé d’humour et de mots marins. Il raconte la Déportation de 1755 et les multiples migrations qui suivent, comme son père les lui a racontées. Jusqu’à récemment, l’histoire des Acadiens par chez nous sent le tabac à pipe et s’écoute en 3D. Les manuels scolaires, eux, parlent des autres.

Les Îles-de-la-Madeleine sont d’abord une escale pour les navigateurs. Elles deviennent ensuite objet de convoitise, par la richesse des fonds de pêche et surtout, parce qu’on y trouve de grands troupeaux de morses. Ces Normands, Basques, Portugais, Britanniques et Bretons ne vivent pas ici : on hiberne tout au plus, dans des petits campements, chacun dans son île.

Il a fallu le Grand Dérangement pour que les premiers «Cadiens» s’installent dans l’archipel. En 1762, une vingtaine d’entre eux se font engager par un entrepreneur américain, le colonel Richard Gridley. Des Arseneau, Boudreau, Chiasson, Cormier, Desroches, Doucet, Gallant, Poirier…de l’Île Saint-Jean et du Cap Breton. Il régularise leur situation cinq ans plus tard, moyennant serment d’allégeance à la couronne d’Angleterre. Les premiers Madelinots, dont 17 Acadiens, vont obtenir le droit de rester, en signant d’un X.

Au début des années 1790, une génération plus tard, 250 autres Cadiens réfugiés à Miquelon prennent le large pour échapper à l’étau : d’un côté la flotte anglaise, de l’autre, la République française effroyable. L’abbé Jean-Baptiste Allain décide d’émigrer, accompagnés des Bourgeois, Cyr, Hébert, Leblanc, Thériault, Vigneau…Ils accostent au Havre Aubert, demandent au roi George III la permission de rester et se mêlent aux habitants, environ 150 personnes oubliées ici, des pêcheurs, réfugiés, naufragés, fuyards, survivants de ces années troubles, parlant français, anglais ou patois.

Le temps de le dire, tout ce beau monde est francisé par des mères acadiennes. Les pères ramassent dans leurs filets les airs lancinants des émigrés irlandais, les techniques de construction et le savoir-faire de nouveaux venus de la côte Est américaine ou des îles anglo-normandes. Et ils marient leurs filles. Les Madelinots peuvent se vanter même d’avoir assimilé quelques protestants !

Mon grand-père a cette formule quand on lui demande s’il est d’origine acadienne. Il répond : les «Cadiens» des Îles sont d’origine modeste.

En majorité, ils sont Acadiens d’origine, comme une appellation contrôlée, un mixage de bons fruits unis par le hasard des escales et d’un même mode de vie.


Texte rédigé ou colligé par Gabrielle Leblanc

Source

Jean-Charles Fortin et Paul Larocque, Histoire des Îles de la Madeleine. Institut québécois de recherche sur la culture.
Pauline Carbonneau, Découverte et peuplement des Iles de la Madeleine. Humanitas, 2009.



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