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Une histoire mouvementée

Le premier établissement en Acadie (1604) marque les débuts de la colonisation française en Amérique du Nord. Cette Acadie historique fait l’objet d’un effort soutenu de peuplement par la France, surtout à partir de 1632. Venus principalement du Poitou, les colons s’approprient peu à peu le territoire. Cependant, l’Acadie subit très tôt les répercussions des guerres entre la Grande-Bretagne et la France. Ainsi, pendant le premier siècle de son histoire, l’Acadie est entraînée malgré elle dans une série de conflits militaires en raison de sa position géographique stratégique pour le contrôle des voies de communication maritimes. De 1604 à 1713, elle change de mains à sept reprises.

Finalement, en 1713, par le traité d’Utrecht, la France cède définitivement l’Acadie aux Britanniques. Cependant, elle conserve l’Isle Royale1 (île du Cap-Breton) et l’Isle Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), et elle maintient sa présence dans le territoire actuel du Nouveau-Brunswick. Ce traité laisse aux Acadiens de la région conquise — rebaptisée Nouvelle-Écosse — le libre choix de quitter le territoire dans un délai d’un an avec les biens mobiliers qu’ils peuvent transporter ou de rester sur leurs terres et devenir sujets britanniques. Une très grande majorité d’entre eux décident de demeurer en Acadie, mais ils refusent de prêter un serment d’allégeance inconditionnel. Les Acadiens veulent conserver le droit de pratiquer leur religion et être exemptés de prendre les armes en cas de guerre. Ce statut leur est accordé verbalement, en 1730, par le gouverneur Richard Philipps, mais il n’est pas reconnu par la Couronne britannique.

Les Anglais, peu pressés de coloniser ce territoire, n’ont pas intérêt à les laisser partir pour renforcer la présence française à l’Isle Royale ou à l’Isle Saint-Jean. Ils permettent donc à ces habitants d’y prospérer malgré leur refus de prêter serment d’allégeance. Pendant 40 ans, les Acadiens jouissent d’une paix relative, et la population s’accroît de façon importante.

En 1753, avec l’arrivée de Charles Lawrence comme lieutenant-gouverneur, l’attitude des Anglais envers les Acadiens se durcit. Leur présence est perçue comme une menace et un frein à l’établissement d’une colonie britannique. En 1754, la reprise de la guerre contre les Français en Amérique incite Lawrence à mettre son plan à exécution : déloger les Acadiens pour céder leurs terres à des sujets britanniques. À cette époque, l’expulsion d’une communauté au lendemain d’une conquête n’est pas une mesure exceptionnelle. Ce qui caractérise cette déportation est le fait qu’elle a lieu plus de 40 ans après la conquête de l’Acadie par la Grande-Bretagne et que les Acadiens sont des sujets britanniques depuis 1713.

L’ancienne colonie française subit son coup de grâce en 1755 avec la déportation systématique de la population acadienne. Les soldats traquent et capturent des milliers de personnes, puis procèdent à l’embarquement des prisonniers à partir du 10 septembre en direction de la Nouvelle-Angleterre. Chassées de leurs habitations et dépossédées de leurs terres, leurs biens saisis ou détruits, les familles sont entassées sur des bateaux, dépouillées de tout sauf de quelques effets personnels. Dans l’empressement et la confusion, plusieurs familles sont séparées. Mais ce ne sont pas tant les opérations militaires que les voyages sur les navires qui sont la cause d’un grand nombre de décès. Les naufrages ainsi que la malnutrition, l’entassement et la maladie, notamment une épidémie de petite vérole, font de nombreuses victimes. La situation des survivants dans les colonies demeure précaire. La plupart sont à la charge de l’État et ils ne reçoivent pas un accueil favorable de la part d’une population majoritairement anticatholique.

La déportation ne se limite pas à 1755; elle se poursuit jusqu’à la fin des hostilités, en 1763. Par exemple, plus de 3 000 Acadiens de l’Isle Saint-Jean sont déportés en 1758. Au total, environ 10 000 personnes, soit à peu près 75 % de la population, sont déportées majoritairement dans les colonies américaines, mais également, pour bon nombre d’entre elles, vers l’Angleterre et la France.

Contrairement à une image populaire souvent véhiculée, tous les Acadiens ne se sont pas laissé déporter sans combattre ou résister. Plusieurs se joignent aux troupes françaises, arment des corsaires ou entravent délibérément les projets des autorités.

Avec l’aide des Micmacs, certains échappent à la déportation en fuyant à travers bois, se réfugiant plus tard dans la Baie-des-Chaleurs et la vallée du Saint-Laurent. Mais, pour la plupart, le Grand Dérangement signifie l’exil; l’errance et une pénible réinsertion dans d’autres milieux marquent l’existence des déportés durant des décennies. Une partie des Acadiens s’installe dans divers pays d’accueil comme la Louisiane et la France, mais plusieurs choisissent de revenir vers l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et le Québec.

Et ils arrivent au Québec…
Dès le début de la déportation, nombre d’Acadiens s’orientent vers le Québec — territoire français à ce moment — où on leur concède des terres. On estime que de 2 000 à 4 000 personnes s’y établissent. Ils se situent un peu partout sur le territoire québécois, puisqu’ils sont mentionnés, entre 1755 et 1775, dans 96 des 120 paroisses qui existent à l’époque2.

L’installation en terre québécoise se déroule de façon plutôt continue, mais on distingue tout de même deux grandes vagues d’immigration. La première, entre 1756 et 1759, est constituée de réfugiés qui ont réussi à échapper aux déportations massives de 1755. La deuxième, composée surtout de déportés revenus des colonies américaines, se fait après le traité de Paris de 1763. Avec ce traité, l’Empire français en Amérique est définitivement démantelé. Seules les îles Saint-Pierre-et-Miquelon restent françaises. En 1765, le gouverneur de la province de Québec, James Murray, offre des terres aux immigrants pour relancer l’économie affaiblie par la guerre. Informés de cette offre, des Acadiens du Massachusetts demandent à revenir au Canada. Murray accepte en stipulant qu’ils doivent le faire à leurs frais et prêter un serment d’allégeance à la Couronne britannique.

Les Acadiens venus au Québec s’installent principalement dans les régions de Chaudière-Appalaches et du Centre-du-Québec, en Gaspésie, en Montérégie, en Mauricie et dans Lanaudière. Tout en grossissant les rangs de villages existants, ils en fondent six nouveaux, surnommés « Cadies » ou « petites Cadies », en souvenir de leur terre natale : Saint-Gervais-de-Bellechasse (1756), Bonaventure (1760), Tracadièche (1766), Saint-Jacques (1766), Saint-Grégoire-de-Nicolet (1767) et L’Acadie (1768).

Les 19e et 20e siècles voient l’expansion des villages et le peuplement de nouvelles régions. L’implantation des Acadiens s’effectue de façon différente : certains s’intègrent à la population locale, tandis que d’autres font figure de pionniers.

Les Acadiens sont de fervents catholiques qui se sont battus pour conserver le droit de pratiquer leur religion en Acadie. Ainsi, dès leur installation dans un nouvel endroit, une de leurs préoccupations est la construction d’un lieu de culte. Toute la communauté se mobilise, que ce soit par le don du terrain ou des matériaux, pour la construction et l’entretien de son église.

Les Acadiens d’aujourd’hui
Selon une étude réalisée en 2008, la moitié des Québécois d’ascendance canadienne-française, soit environ trois millions d’individus, ont au moins un ancêtre d’origine acadienne3. À ce titre, il n’est donc pas étonnant de retrouver au Québec autant de patronymes acadiens, sans parler d’une multitude de noms de lieux ou de rues qui rappellent l’Acadie et son histoire. Avec le présent document, des milliers de kilomètres de route vous feront découvrir l'autre Québec... celui des Acadiens et des Acadiennes. Peut-être faites-vous partie de la grande famille.

1-Les toponymes figurant en italique dans le texte sont des noms historiques de villes, de villages, de régions ou de provinces.
2-John A. Dickinson, « Les réfugiés acadiens au Canada, 1755-1775 », Études canadiennes, 1994, p. 51-61.
3-Josée Bergeron, Hélène Vézina, Louis Houde et Marc Tremblay, « La contribution des Acadiens au peuplement des régions du Québec », Cahiers québécois de démographie, vol. 37, no 1, 2008, p. 181-204.